Archives du mot-clé Je pense donc j'écris !

QUE PUIS-JE VOUS ÉCRIRE ?

En tant qu’auteur de cet article, il est de mon devoir, de tout faire pour susciter votre intérêt où mieux encore votre satisfaction !

Dois-je écrire mon article à la première personne du singulier pour vous offrir une partie de moi ? Mon JE sera-t-il suffisamment convainquant pour obtenir en échange un peu de ton TU ?

Je devrais peut-être aborder un thème plus général. Écrire tout en douceur, des généralités bienveillantes afin de plaire au plus grand nombre.

Où alors, tout au contraire, écrire sur un sujet bouillant de l’actualité. Prendre position, si possible à contre courant, pour donner l’occasion à mes lecteurs de partager leurs avis sur la question au risque de provoquer des retours explosifs.

Puis je avoir confiance en ta culture, mon cher lecteur, pour écrire en langage soutenu cet article. Exercice fort périlleux, pensais-je ! Non pas que je doute de tes aptitudes, mais je n’en ai malheureusement aucun concernant les miennes !

Pour être de mon temps, je devrais glisser quelques grossièretés, voir même quelques vulgarités. Être sans filtre, être percutant, ne pas tourner autour du sujet. Appeler une chatte, une chatte ! Où tout autre animal bien entendu.

Écrire une romance, que de plus agréable que de conjuguer l’amour avec un grand A. Mais si je veux surfer sur la tendance de ces dernières années, je devrais écrire l’amour avec un grand D ! Ne m’interdir aucun fantasme, emporter mes lecteurs au plus profond de leurs désirs ! Devenir le roi incontesté de la Dark romance ! Mais je dois te l’avouer, ami lecteur, que je préfère nettement faire l’amour que de l’écrire !

Il serait vraiment incroyable que mon article puisse t’intéresser alors qu’il ne fait qu’explorer les différentes pistes pour arriver à t’intéresser ! Si c’est le cas, n’hésites pas à me le faire savoir, je te serai très reconnaissant. Cher lecteur, chère lectrice, si tu en arrives à lire ces derniers mots, je te remercie de m’avoir consacré quelques secondes de ta vie !

Description et imagination !

Est-ce incompatible ?

L’auteur doit « planter le décor », il a deux possibilité, décrire dans le moindre détail le paysage ou se déroule la scène, ou donner quelques indications sommaires au lecteur sur le lieu.

La participation du lecteur.

Lors d’une scène d’action, l’auteur a également le choix de la décrire de facon chirurgicale où de la suggérer par quelques points essentiels.

L’identification du lecteur.

L’auteur par sa description plus ou moins précise du personnage donne la possibilité à son lecteur de s’identifier où d’imaginer ce dernier.

Vécu où phantasme du lecteur.

Pour les scènes d’amour, l’auteur peut également opter pour deux ambiances. Positionner un projecteur afin de ne rien rater où poser une serviette sur la lampe de chevet pour un jeu d’ombres.

Quel éclairage préférez vous ?

Quel lecteur êtes-vous ? Celui qui a besoin d’une description détaillée pour vivre complètement l’aventure des personnages du roman, où celui qui ne veut que quelques indications pour laisser libre choix à son imagination.

RETOURS DE LECTURE !

Votre livre est enfin terminé

Animation de pages d'un livre qui se tournent

Après plusieurs mois de galère, tu viens d’écrire le point final de ton roman. Tu as envie de le partager auprès de tes proches.

Qu’en pense-tu maman ?

Une maman surprise par ce qu'elle voit

C’est incroyable mon chéri, où as-tu retrouvé cette dissertation ? Je ne m’en souviens pas. Tu devais être en cinquième avec Madame Greffier, elle avait le don de vous donner des sujets débiles.

Ne t’inquiètes pas, l’avis des parents n’est pas toujours objectif. Essaye avec un bon ami.

Salut François, qu’en as tu pensé ?

Un homme embarrassé

Euh, j’ai commencé, mais je n’ai pas eu le temps de finir. J’ai trouvé le début génial : « Un mensonge impardonnable. » C’est le titre oui je sais, mais je n’ai pas eu le temps de finir comme je viens de te le dire.

Ce n’est pas grave, il n’a pas eu le temps de finir. Demande à ta petite amie.

Ma puce, qu’en as-tu pensé ?

Jeune femme qui est très heureuse

Mon amour, c’est génial, j’ai ADORÉ ! L’histoire est dingue et les personnages sont super attachants. Je t’assure, je ne te le dis pas parce que je t’aime, mais c’est une super idée. Tu devrais en faire un livre.

A ce stade de la situation, il te reste deux solutions. La première consiste à changer de vie, part loin de tes parents, de tes amis et quitte ta fiancée pour des horizons nouveaux. La deuxième serait de relire ton roman à tête reposée et de voir ce que tu pourrais améliorer.

Tu me demandes si je peux le lire pour te donner mon avis. Franchement cela aurait été avec grand plaisir, mais je viens à l’instant de terminer mon article. Désolé !

Je ne comprends pas !

Lors d’une de mes errances sur les réseaux sociaux, je me suis attardé sur les commentaires, les tweets et autres.

Je ne comprends pas !

Cette société qui ne donne plus son avis, mais l’impose par la violence verbale et parfois même physique.

Je ne comprends pas !

Pourquoi remplace-t-on « je n’aime pas » par « c’est de la merde » ou « c’est à chier »

Je ne comprends pas !

Cette remarque acide à propos d’un auteur  » C’est un auteur, ce n’est pas un écrivain » remarque souvent accompagnée par « tout le monde peut être auteur. »

Je ne comprends pas !

Ce dénigrement vis à vis des auteurs contemporains à fort tirage, comparés à tord et à travers aux écrivains dits classiques.

Je ne comprends pas !

Ces commentaires remplis de haine, ces fausses affirmations pour faire du mal.

Je ne comprends pas !

Que beaucoup de gens se comportent en juge intolérant et totalement partial.

Je pourrais malheureusement écrire une liste beaucoup plus importante mais vous allez penser à la lecture de cet article qu’à ne rien comprendre, je fais parti des imbéciles heureux. Vous avez sans doute raison. Cependant lorsque je ne comprends pas, cela déclenche chez moi de la curiosité et pour satisfaire cette dernière, j’aiguise mes oreilles pour une meilleure écoute et nettoie mes lunettes pour une meilleure lecture.

Mais en tant qu’homme, en tant que mari, en tant que père et en tant qu’auteur, j’ai besoin d’apprendre, de communiquer, d’échanger pour m’épanouir, pour évoluer, pour vivre tout simplement. Les jugements arrosés de vitriol ne produisent aucune réflexion, mais seulement de l’indifférence.

Et vous voyez, ça je l’ai parfaitement bien compris !

PENSEZ À VOS PERSONNAGES

Où suis-je ?

Je me réveille confortablement assis sur un h les pieds posés sur le o devant moi. Je regarde autour de moi et comprends que je me trouve au milieu d’un chocolat !

Je me lève malgré moi !

C'est Donald qui se lève de son lit tout endormi

Je ne contrôle pas mon corps, que se passe-t-il ?     

« Olivier avale son chocolat d’un seul coup, bondit vers la porte et court attraper son bus. »

Cela ne va pas être possible, j’ai horreur du chocolat et du bus.

Je ne suis qu’un pantin désarticulé !

Le personnage se cogne sur un point d'exclamation !

« Olivier saute dans le bus, il se dirige vers le fond se jette sur la banquette ! »

Je cours, je saute, je trébuche et je    « OUILLE », mais qui a mis un point d’exclamation ici ? Je me suis cogné la tête dessus.

Sur un coup de tête !

Un renard qui plonge dans la neige

« Olivier décide de ne pas aller bosser, il descend du bus et prend la direction de la plage. Seul sur le sable, il retire ses vêtements et plonge nu dans les vagues. »

Oh là ! Pas si vite. Il n’est pas question que je me baigne à poil. Je ne suis ni un nudiste, ni un exhibitionniste ! Non, j’ai dit non ! A mon dieu qu’elle est froide. Il est début avril, pas étonnant que je sois seul sur la plage, surtout à huit heures et demi du matin. Je vais attraper la mort !

C’est pas terminé !

« Olivier sort de l’eau, heureux, il se sent totalement libre. Il s’approche de ses vêtements lorsqu’il prend conscience qu’il n’a pas de serviette ! Il se demande »

Je me demande quoi ? ET OH ! JE ME DEMANDE QUOI ? Mais il s’en va, il va me laisser tout nu sur cette plage. CA VA PAS LA TÊTE, JE SUIS LÀ ! C’est bien ma chance, d’être tombé sur un auteur qui n’a pas de suite dans les idées.

MORALITÉ DE CETTE HISTOIRE !
L'auteur qui s'en va et quitte son récit.

Cher ami auteur, chère amie autrice, je vous en supplie, pensez à vos personnages. Si vous devez précipitamment arrêter votre écriture, prenez le temps quoi qu’il arrive de finir votre phrase. Ne laissez pas votre personnage dans cette situation, vous risquez de le traumatiser pour la suite de votre roman. Merci pour lui.

ALTERCATION !

Çà commence bien !

Une vieille machine à écrire pour symboliser le travail de l'auteur.

Je suis en pleine écriture d’une scène importante de mon roman. Mon personnage principal se retrouve dans une église pour un enterrement. Un de ses amis vient de mourir. Il assiste à la cérémonie religieuse.

Curieux pressentiment !

Il se trouve assis près de la femme du défunt. Son esprit vagabonde et il n’arrive pas à fixer son attention. Aucune parole prononcée ne le ramène dans cette église.

Quelle mouche le pique ?

C'est un homme qui est pris d'un fou rire lors d'un enterrement à l'église

C’est le moment de la bénédiction du corps. Il se lève comme un automate et lorsqu’il se retrouve devant le cercueil, il se met à rire ! Un fou rire qu’il ne peut contenir.

Quelques jours se sont passés !

Un matin, je décide de ne pas rejoindre mon ami Azerty pour relire ce que j’ai écrit ces derniers jours. J’arrive à l’église !

Je n’en crois pas mes yeux !
C'est un homme qui est surpris par cequ'il voit. Il n'en croit pas ses yeux !

Pourquoi mon personnage se conduit aussi mal. Non seulement il est pris d’un fou rire ignoble vu les circonstances mais il entraîne avec lui une partie de l’assistance. Les pleurs de son amie n’y changent rien.

Violente dispute !

Je suis tellement étonné de ce que je lis, que je me surprends à m’adresser directement à mon personnage pour lui dire ma façon de penser sur son attitude.

Il me tient tête !

Non seulement il a l’audace de me tenir tête mais par dessus le marché il refuse de changer d’attitude.

Deux hommes qui se font face et qui se disputent

Qui c’est le chef ?

Je décide de clore cette discussion et reprend mon clavier pour récrire cette scène malgré les protestations de mon personnage.

Rien ne va !

Épuisé par cette altercation, je prends un peu de distance ( je recule ma chaise de plus de 20 cm !). Je suis désespéré, la scène que je viens de refaire ne ressemble à rien. Elle est totalement insipide et sans saveur.

J’apercois un léger sourire !
Un homme qui abore un sourire narquois

Mon personnage s’est assis sur une page blanche. Il me regarde en arborant un sourire de vainqueur. Je dois reconnaître qu’il n’a pas tord !

C’est complètement fou ! L’auteur ne peut même pas avoir le dernier mot lors d’une dispute avec son personnage.

MAIS DANS QUEL MONDE ECRIVONS-NOUS !

LE CAUCHEMAR DE CHAQUE LECTEUR !

Cher lecteur, chère lectrice !

Nous ne nous connaissons pas, mais sachez que je suis de tout cœur avec vous dans ces moments si difficiles.

Chère lectrice, tu viens de t’asseoir sur la banquette orange de ton métro quotidien. Tu ranges ton pass navigo et ouvre ton pass de bien être. A la lecture des premiers mots, ton esprit vagabonde hors de ce wagon.

Cher lecteur, tu viens de te coucher, tu t’installes confortablement et tu saisis ton livre. A la lecture des premiers mots, tu quittes cette chambre douillette.

Chère lectrice, tu es Valentine, cette petite provençale qui est venue à New York pour retrouver l’homme qu’elle aime. Elle déambule seule au milieu des buildings, désespérément seule.

Cher lecteur, tu marches seul dans le désert pour fuir ton passé de tueur. Tu n’attends plus rien de la vie.

Chère lectrice, tu ralentis ta lecture au maximum. Tu sais qu’il est là mais tu refuses de le voir. Tu ne peux pas l’éviter, tu es piégée !

Cher lecteur, tu ressens un malaise, ton cœur s’accélère. Malgré tout tes efforts, tu te rapproches inexorablement de cette tragédie.

Chère lectrice, tu passes de lectrice à témoin de meurtre. Il vient encore de frapper. Ta valentine est morte, tu te retrouves seule sur la banquette, le bruit de la rame devient assourdissant, les odeurs nauséabondes te donnent envie de vomir.

Cher lecteur, tu as quitté précipitamment le désert et tu te retrouves seul dans ton lit. Tu regardes ton réveil et constate qu’il ne te restes que quatre heures de sommeil. Malgré l’heure avancée, tu lui en veux, d’avoir tué ton héros devant tes yeux.

Depuis des millénaires, il tue systématiquement tous les personnages. Il est sans pitié, il ne rate jamais sa cible. Chère lectrice, cher lecteur, tu restes le seul survivant et tu dois affronter la réalité totalement seul. Depuis la nuit des temps, le point final assassine ton imagination et rien n’y personne ne pourra l’en empêcher même pas l’auteur.

Homme Femme la dualité de l’auteur.

Je ressens depuis mon adolescence l’envie d’écrire un livre. J’ai essayé plusieurs fois, mais chacune de mes tentatives s’arrêtait net au bout de quelques pages. Plus d’une trentaine d’années ont passé avant de concrétiser mon rêve.

J'imagine !

Le processus de création chez moi suit toujours le même chemin. Un sujet s’impose à moi naturellement. Très vite, la fin de l’histoire prend forme dans mon esprit suivi de son début et du titre. Ce cheminement se fait exclusivement dans ma tête, je n’écris rien, je l’imagine, je le vis ! Il se met toujours en route lorsque j’arrive vers la fin de l’écriture du roman en cours.

Beaucoup de questions explosent dans mon esprit au moment de commencer l’écriture. C’est un moment délicat à gérer. Mon défi est de répondre à chacune d’elles sans me perdre dans ce dédale de doutes qui envahit mon cerveau. Parmi toutes ces interrogations, l’une d’elles concerne mes ou mon personnage féminin.

J’attaque enfin l’écriture et je couche les mots sur le papier tel un musicien le fait avec les notes sur sa partition. Je suis très surpris de la fluidité de mon écriture. Les mots se succèdent naturellement. Mais lorsque j’entreprends de créer un personnage féminin, je me pose à nouveau des questions.

Madame Doubfire.

Il ne s’agit pas de parler d’une femme mais de s’exprimer en tant que femme. Le risque est de se mettre à la place de la femme en tant qu’homme au lieu d’être femme naturellement. L’auteur doit mettre de côté, oublier les rapports hommes femmes dans la société, parfois son éducation pour être capable de changer de sexe tout au long de son écriture. L’auteur doit être légitime pour être crédible.

Sans faire de la psychologie de comptoir, il est reconnu que chaque homme a la naissance possède une part de féminité. Le milieu social, l’éducation façonne ou détruit celle-ci au fur et à mesure des années. A la lecture de mes romans, plusieurs lectrices m’ont fait des retours très positifs concernant la personnalité et la profondeur de mes personnages hommes et femmes. Je devrais être rassuré sur la légitimité de mes personnages feminins. Mais, je dois vous l’avouer, j’ai un sujet de roman depuis des années qui met en scène le destin de trois femmes et je n’ose pas encore coucher des mots sur le papier. Cette dualité n’est pas si facile à écrire !

L’AUTEUR ET LE SYNDROME DU MAGNIFIQUE!

Vous n’avez jamais entendu parler du syndrome du magnifique ? Pourtant, je suis presque certain que vous l’avez déjà vu !

Je commence cet article par un petit indice !

Vous avez deviné ?

Bien entendu, vous avez reconnu Jean Paul Belmondo dans le film le Magnifique. Je ne peux pas résister à vous proposer la bande annonce.

Le syndrome du Magnifique ?

Que l’auteur qui n’a jamais créé un personnage à l’image d’un membre de sa famille, d’un ami, d’une connaissance professionnelle ou de lui-même me jette la première pierre.

Heureusement pour moi, j’avais raison, vous l’avez presque tous connu ce syndrome du Magnifique. Quel pouvoir extraordinaire !

Deux causes distinctes sont à l’origine de ce syndrome.

La première : L’auteur crée un personnage et pense à une personne réelle pour importer une partie de son caractère ou de son physique. Le personnage est totalement fictif mais une partie de lui fait partie d’un être humain. Cela permet à l’auteur de mieux gérer les réactions du personnage s’il a copié les traits de caractère d’un proche ou de mieux se l’imaginer, de l’ancrer dans sa mémoire descriptive s’il a « photocopié » son physique. Mais cette caractéristique du syndrome peut aussi se retrouver chez toute autre personne qu’un auteur.

Prenons comme exemple : Votre femme vous fait un compliment car vous venez de terminer de passer l’aspirateur ! ( Pardonnez-moi, Mesdames, mais faites un effort pour imaginer la scène !)

AVANT LE COMPLIMENT
APRES LE COMPLIMENT : SYNDROME DU MAGNIFIQUE !

Intéressons-nous maintenant à l’autre origine du syndrome.

La deuxième : L’auteur décide pour des raisons diverses d’intégrer une de ses connaissances dans son récit. Soit pour une raison positive ou bien entendu négative. Rappelez-vous l’écrivain joué par Jean Paul Belmondo qui passait son temps à insérer son entourage et lui-même dans ses écrits. Contrairement à la première, vue précédemment, l’auteur va aménager sa création, son récit pour intégrer au mieux cette personne. La plupart du temps, lorsqu’il s’agit d’une fiction, l’auteur brouille les cartes pour qu’il soit le seul à reconnaitre le personnage qui vient du monde des vivants. Ce syndrome provoque chez l’auteur des moments de fortes exaltations. Ecrire une scène d’amour torride en mettant en scène l’être aimé ! Créer une femme horrible, méchante que le lecteur haïra forcément et qui n’est en réalité que sa propre belle-mère!

Vous l’aurez compris, ce syndrome du Magnifique est très répandu et pas seulement dans le milieu littéraire. J’espère qu’à la lecture de cet article, vous aurez envie de partager votre expérience ou votre avis sur le sujet.

Pour cette fois, je vais signer cet article par une photo de moi.

SYNDROME OU PAS SYNDROME A VOTRE AVIS ?

LE KAIROS, PAS FACILE À VIVRE !

Avant c’est trop tôt, après c’est trop tard !

Le concept du Kairos est le temps du moment opportun. Il qualifie un intervalle, ou une durée précise, importante, voire décisive.

Dans mon roman Mon dernier vol, mon personnage principal est un adepte du Kairos. Il sait mieux que quiconque être au bon endroit au bon moment. Mais est-ce vraiment lui qui maîtrise le Kairos où une tierce personne qui le dirige ? Qui n’a pas rêvé de maîtriser le Kairos ?

Photo de Taryn Elliott sur Pexels.com

Un auteur de fiction prend plaisir à maîtriser le concept du Kairos. Il peut changer à volonté la destinée de ses personnages par une action, une rencontre, une décision prise au bon moment. Il peut également mettre ses personnages en difficulté, en les laissant passer à côté de l’opportunité qui se présente à eux. L’auteur est le maître du temps ! Il peut maîtriser mieux que quiconque le présent puisqu’il connaît le futur ! L’auteur dessine les chemins de la vie de ses personnages même si parfois ces derniers le surprennent à changer de destination malgré lui. J’ai toujours été fasciné du décalage qui existe entre le personnage qui évolue, qui découvre sa vie de page en page et l’auteur qui écrit le présent de son personnage par connaissance de son futur.

Être à l’heure pour vivre au présent !

Dans notre vie quotidienne, il nous serait tellement plus facile de maîtriser le concept du Kairos si nous avions une idée précise de notre avenir. Vivre dans le présent, profiter de la vie sans se soucier de l’avenir, carpe diem quand tu nous tiens ! Est-ce que vivre dans le présent permet à coup sûr de vivre le Kairos ? Pas forcément ! Prendre la bonne décision au bon moment dépend surtout de l’état d’esprit ou même de l’état physique dans lequel nous nous trouvons. Un simple mal de dents peut nous conduire à écourter une soirée dans laquelle nous aurions pu faire la Rencontre, si nous étions restés comme convenu. Ce qui est déroutant dans le Kairos, c’est que nous n’en sommes pas forcément conscients lorsqu’il se produit. C’est souvent plusieurs jours, mois et même années que nous réalisons l’importance du moment vécu.

Le Kairos se moque du passé, apparaît furtivement dans le présent et bouleverse le futur ! Quelques secondes s’emparent du reste de notre vie. C’est une arme redoutable que l’auteur a en sa possession. C’est une arme redoutée qui peut se retourner contre nous, lorsque nous n’y prêtons pas attention.

En conclusion : Le Kairos, pas facile à vivre !

Le lien pour visionner une vidéo sur France Culture.

<a href= »http:// »&gt;http://https://www.franceculture.fr/player/export-reecouter?content=7a7c6ec9-4189-475c-b9b7-5c10944b0dde

DIFFUSÉ LE 03/03/2020

Qu’est-ce que le «kairos» ?

LE JOURNAL DE LA PHILOpar Géraldine Mosna-Savoye

Article paru dans le journal de la philo sur France Culture.

Le terme «kairos» a été employé par un médecin en confrontation avec Emmanuel Macron ; mais à quoi renvoie le concept philosophique du kairos, d’où vient-il et comment l’utiliser ?

khairos
khairos• Crédits : Getty

J’ai été interpellée par un mot, et ce mot, c’est «kairos». Fascinée par ce concept philosophique qui désigne l’occasion à saisir – et qu’on croise peu en dehors des salles de classe, des livres d’Aristote – il a été employé par un médecin face à Emmanuel Macron, alors le Président s’était rendu à La Pitié-Salpêtrière au tout début de l’épidémie de Covid-19. 

  • Que veut dire le terme «kairos» et à quel moment l’employer ?
  • En parler, n’est-ce pas déjà le manquer ? 

Définition du «kairos» ou la source des ruminations 

Qu’est-ce que le «kairos» ? L’occasion est assez rare pour la saisir et pour se demander ce qu’il veut dire. Habituellement, le «kairos» désigne le bon moment, d’instant T ou d’opportunité à saisir. Ces définitions sont des paraphrases qui font penser à des publicités pour des marques de sport ou à des slogans pour faire des placements financiers, des avancements de carrière. 

Certes, le terme de «kairos» a quelque chose de l’opportunisme, étant par définition «le temps de l’occasion opportune». En creusant un peu, on rencontre d’ailleurs très vite son opposé, le temps linéaire, «chronos». Et l’«aion», ou le temps très long de la génération, de l’ère, qui touche à la destinée, voire à l’éternité.

À côté, il y a donc ce «kairos», ponctuel, cet instant plein de promesses, qui ne se prévoit pas, ne s’installe pas, mais tient à l’acuité de chacun pour le saisir sur le moment sous peine qu’il disparaisse instantanément et définitivement. Pour moi, le kairos, c’est d’ailleurs plutôt ça : la source de toutes ces ruminations coupables qu’on a dans son lit, ou qu’Emmanuel Macron a peut-être lui aussi dans son lit, quand on se dit avant de s’endormir : «pourquoi je n’ai pas dit ça ?» ou «j’aurais dû faire ça». 

La situation est donc paradoxale. Parler de «kairos», y réfléchir, pousser l’autre à le saisir, n’est-ce pas déjà trop tard ? Qu’il s’agisse de sa vie ou de l’hôpital, n’est-ce pas déjà une défaite, le signe de l’occasion ratée ?

Comment prendre le temps de saisir le «kairos» ? 

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote consacre plusieurs pages à la prudence, cette vertu qui permet de faire des choix éclairés dans des circonstances particulières, à un endroit donné, à un instant T, dans une situation de «kairos» donc. 

La prudence ou «phronésis» en grec porte sur les choses singulières, par opposition à la sagesse théorique qui porte sur les objets universels. Relevant en premier lieu d’un art politique, elle concerne ainsi l’action, mais d’abord la délibération. 

Et c’est une chose que je n’ai jamais comprise : si le «kairos» est le moment opportun, a-t-on le temps de délibérer ? A-t-on vraiment le loisir de tergiverser, d’écouter les points de vue, de les confronter, de les équilibrer et d’en faire une synthèse ? L’agenda politique qu’on dit intense, l’est-il assez pour traiter les urgences comme celles de l’hôpital public ? 

Ce problème est précisément temporel : a-t-on le temps de cultiver la prudence et de devenir un expert, rapide et efficace, dans l’art de saisir les occasions ? Car les choses singulières étant singulières, on ne peut les prévoir, on ne peut pas user du raisonnement qu’on a dans les sciences… alors comment faire ? Y a-t-il un art, pas seulement politique, mais aussi des exercices permettant d’apercevoir les opportunités pour mieux les attraper et les traiter ?

La «justesse de coup d’œil», un instant éphémère

C’est vrai que certains moments s’annoncent de fait comme des moments clés, des tournants : ce sont par exemple des élections ou des décisions à prendre. Politiques, mais aussi existentiels. Comment prendre la bonne décision à ces moments-là ? Comment saisir ce «kairos», comment savoir d’ailleurs s’il s’agit vraiment d’un «kairos» ou juste d’un petit événement, pour donner une orientation nouvelle à notre existence ?

En lisant ce livre VI de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, je suis alors tombée sur la mention de cette faculté, la «justesse de coup d’œil» ou vivacité d’esprit, sorte de divination qui se passe du raisonnement. Et ça m’a rassuré, pas pour l’hôpital, mais pour moi : le «kairos» m’est alors apparu comme un moment que l’on saisit comme ça, magiquement. Il n’y a pas des occasions que j’aurais ainsi bêtement ratées, seulement des occasions que j’aurais laissées passer.