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L’AUTEUR ET LE SYNDROME DU MAGNIFIQUE!

Vous n’avez jamais entendu parler du syndrome du magnifique ? Pourtant, je suis presque certain que vous l’avez déjà vu !

Je commence cet article par un petit indice !

Vous avez deviné ?

Bien entendu, vous avez reconnu Jean Paul Belmondo dans le film le Magnifique. Je ne peux pas résister à vous proposer la bande annonce.

Le syndrome du Magnifique ?

Que l’auteur qui n’a jamais créé un personnage à l’image d’un membre de sa famille, d’un ami, d’une connaissance professionnelle ou de lui-même me jette la première pierre.

Heureusement pour moi, j’avais raison, vous l’avez presque tous connu ce syndrome du Magnifique. Quel pouvoir extraordinaire !

Deux causes distinctes sont à l’origine de ce syndrome.

La première : L’auteur crée un personnage et pense à une personne réelle pour importer une partie de son caractère ou de son physique. Le personnage est totalement fictif mais une partie de lui fait partie d’un être humain. Cela permet à l’auteur de mieux gérer les réactions du personnage s’il a copié les traits de caractère d’un proche ou de mieux se l’imaginer, de l’ancrer dans sa mémoire descriptive s’il a « photocopié » son physique. Mais cette caractéristique du syndrome peut aussi se retrouver chez toute autre personne qu’un auteur.

Prenons comme exemple : Votre femme vous fait un compliment car vous venez de terminer de passer l’aspirateur ! ( Pardonnez-moi, Mesdames, mais faites un effort pour imaginer la scène !)

AVANT LE COMPLIMENT
APRES LE COMPLIMENT : SYNDROME DU MAGNIFIQUE !

Intéressons-nous maintenant à l’autre origine du syndrome.

La deuxième : L’auteur décide pour des raisons diverses d’intégrer une de ses connaissances dans son récit. Soit pour une raison positive ou bien entendu négative. Rappelez-vous l’écrivain joué par Jean Paul Belmondo qui passait son temps à insérer son entourage et lui-même dans ses écrits. Contrairement à la première, vue précédemment, l’auteur va aménager sa création, son récit pour intégrer au mieux cette personne. La plupart du temps, lorsqu’il s’agit d’une fiction, l’auteur brouille les cartes pour qu’il soit le seul à reconnaitre le personnage qui vient du monde des vivants. Ce syndrome provoque chez l’auteur des moments de fortes exaltations. Ecrire une scène d’amour torride en mettant en scène l’être aimé ! Créer une femme horrible, méchante que le lecteur haïra forcément et qui n’est en réalité que sa propre belle-mère!

Vous l’aurez compris, ce syndrome du Magnifique est très répandu et pas seulement dans le milieu littéraire. J’espère qu’à la lecture de cet article, vous aurez envie de partager votre expérience ou votre avis sur le sujet.

Pour cette fois, je vais signer cet article par une photo de moi.

SYNDROME OU PAS SYNDROME A VOTRE AVIS ?

LE KAIROS, PAS FACILE À VIVRE !

Avant c’est trop tôt, après c’est trop tard !

Le concept du Kairos est le temps du moment opportun. Il qualifie un intervalle, ou une durée précise, importante, voire décisive.

Dans mon roman Mon dernier vol, mon personnage principal est un adepte du Kairos. Il sait mieux que quiconque être au bon endroit au bon moment. Mais est-ce vraiment lui qui maîtrise le Kairos où une tierce personne qui le dirige ? Qui n’a pas rêvé de maîtriser le Kairos ?

Photo de Taryn Elliott sur Pexels.com

Un auteur de fiction prend plaisir à maîtriser le concept du Kairos. Il peut changer à volonté la destinée de ses personnages par une action, une rencontre, une décision prise au bon moment. Il peut également mettre ses personnages en difficulté, en les laissant passer à côté de l’opportunité qui se présente à eux. L’auteur est le maître du temps ! Il peut maîtriser mieux que quiconque le présent puisqu’il connaît le futur ! L’auteur dessine les chemins de la vie de ses personnages même si parfois ces derniers le surprennent à changer de destination malgré lui. J’ai toujours été fasciné du décalage qui existe entre le personnage qui évolue, qui découvre sa vie de page en page et l’auteur qui écrit le présent de son personnage par connaissance de son futur.

Être à l’heure pour vivre au présent !

Dans notre vie quotidienne, il nous serait tellement plus facile de maîtriser le concept du Kairos si nous avions une idée précise de notre avenir. Vivre dans le présent, profiter de la vie sans se soucier de l’avenir, carpe diem quand tu nous tiens ! Est-ce que vivre dans le présent permet à coup sûr de vivre le Kairos ? Pas forcément ! Prendre la bonne décision au bon moment dépend surtout de l’état d’esprit ou même de l’état physique dans lequel nous nous trouvons. Un simple mal de dents peut nous conduire à écourter une soirée dans laquelle nous aurions pu faire la Rencontre, si nous étions restés comme convenu. Ce qui est déroutant dans le Kairos, c’est que nous n’en sommes pas forcément conscients lorsqu’il se produit. C’est souvent plusieurs jours, mois et même années que nous réalisons l’importance du moment vécu.

Le Kairos se moque du passé, apparaît furtivement dans le présent et bouleverse le futur ! Quelques secondes s’emparent du reste de notre vie. C’est une arme redoutable que l’auteur a en sa possession. C’est une arme redoutée qui peut se retourner contre nous, lorsque nous n’y prêtons pas attention.

En conclusion : Le Kairos, pas facile à vivre !

Le lien pour visionner une vidéo sur France Culture.

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DIFFUSÉ LE 03/03/2020

Qu’est-ce que le «kairos» ?

LE JOURNAL DE LA PHILOpar Géraldine Mosna-Savoye

Article paru dans le journal de la philo sur France Culture.

Le terme «kairos» a été employé par un médecin en confrontation avec Emmanuel Macron ; mais à quoi renvoie le concept philosophique du kairos, d’où vient-il et comment l’utiliser ?

khairos
khairos• Crédits : Getty

J’ai été interpellée par un mot, et ce mot, c’est «kairos». Fascinée par ce concept philosophique qui désigne l’occasion à saisir – et qu’on croise peu en dehors des salles de classe, des livres d’Aristote – il a été employé par un médecin face à Emmanuel Macron, alors le Président s’était rendu à La Pitié-Salpêtrière au tout début de l’épidémie de Covid-19. 

  • Que veut dire le terme «kairos» et à quel moment l’employer ?
  • En parler, n’est-ce pas déjà le manquer ? 

Définition du «kairos» ou la source des ruminations 

Qu’est-ce que le «kairos» ? L’occasion est assez rare pour la saisir et pour se demander ce qu’il veut dire. Habituellement, le «kairos» désigne le bon moment, d’instant T ou d’opportunité à saisir. Ces définitions sont des paraphrases qui font penser à des publicités pour des marques de sport ou à des slogans pour faire des placements financiers, des avancements de carrière. 

Certes, le terme de «kairos» a quelque chose de l’opportunisme, étant par définition «le temps de l’occasion opportune». En creusant un peu, on rencontre d’ailleurs très vite son opposé, le temps linéaire, «chronos». Et l’«aion», ou le temps très long de la génération, de l’ère, qui touche à la destinée, voire à l’éternité.

À côté, il y a donc ce «kairos», ponctuel, cet instant plein de promesses, qui ne se prévoit pas, ne s’installe pas, mais tient à l’acuité de chacun pour le saisir sur le moment sous peine qu’il disparaisse instantanément et définitivement. Pour moi, le kairos, c’est d’ailleurs plutôt ça : la source de toutes ces ruminations coupables qu’on a dans son lit, ou qu’Emmanuel Macron a peut-être lui aussi dans son lit, quand on se dit avant de s’endormir : «pourquoi je n’ai pas dit ça ?» ou «j’aurais dû faire ça». 

La situation est donc paradoxale. Parler de «kairos», y réfléchir, pousser l’autre à le saisir, n’est-ce pas déjà trop tard ? Qu’il s’agisse de sa vie ou de l’hôpital, n’est-ce pas déjà une défaite, le signe de l’occasion ratée ?

Comment prendre le temps de saisir le «kairos» ? 

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote consacre plusieurs pages à la prudence, cette vertu qui permet de faire des choix éclairés dans des circonstances particulières, à un endroit donné, à un instant T, dans une situation de «kairos» donc. 

La prudence ou «phronésis» en grec porte sur les choses singulières, par opposition à la sagesse théorique qui porte sur les objets universels. Relevant en premier lieu d’un art politique, elle concerne ainsi l’action, mais d’abord la délibération. 

Et c’est une chose que je n’ai jamais comprise : si le «kairos» est le moment opportun, a-t-on le temps de délibérer ? A-t-on vraiment le loisir de tergiverser, d’écouter les points de vue, de les confronter, de les équilibrer et d’en faire une synthèse ? L’agenda politique qu’on dit intense, l’est-il assez pour traiter les urgences comme celles de l’hôpital public ? 

Ce problème est précisément temporel : a-t-on le temps de cultiver la prudence et de devenir un expert, rapide et efficace, dans l’art de saisir les occasions ? Car les choses singulières étant singulières, on ne peut les prévoir, on ne peut pas user du raisonnement qu’on a dans les sciences… alors comment faire ? Y a-t-il un art, pas seulement politique, mais aussi des exercices permettant d’apercevoir les opportunités pour mieux les attraper et les traiter ?

La «justesse de coup d’œil», un instant éphémère

C’est vrai que certains moments s’annoncent de fait comme des moments clés, des tournants : ce sont par exemple des élections ou des décisions à prendre. Politiques, mais aussi existentiels. Comment prendre la bonne décision à ces moments-là ? Comment saisir ce «kairos», comment savoir d’ailleurs s’il s’agit vraiment d’un «kairos» ou juste d’un petit événement, pour donner une orientation nouvelle à notre existence ?

En lisant ce livre VI de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, je suis alors tombée sur la mention de cette faculté, la «justesse de coup d’œil» ou vivacité d’esprit, sorte de divination qui se passe du raisonnement. Et ça m’a rassuré, pas pour l’hôpital, mais pour moi : le «kairos» m’est alors apparu comme un moment que l’on saisit comme ça, magiquement. Il n’y a pas des occasions que j’aurais ainsi bêtement ratées, seulement des occasions que j’aurais laissées passer. 

Pourquoi les rencontres dans la fiction sont-elles différentes de celles de la vie réelle ?

Différentes en quoi ?

Bien entendu, je conçois qu’il existe plusieurs raisons à cette différence ou bien au contraire, estimer que les rencontres des personnages de romans sont identiques à celles que nous connaissons dans notre vie.

Pour ma part, lorsque je me suis posé cette question, j’ai cherché pourquoi je pensais naturellement qu’il existait une différence. En tant qu’auteur, j’imagine mon personnage dans son ensemble et c’est au fil de l’écriture que ce dernier évolue, parfois même à ma grande surprise. Dans mon premier roman Mon dernier vol, Philippe, le personnage principal, va connaître une succession de rencontres improbables qui vont le bouleverser et le faire douter. Lorsque je quitte mon clavier d’ordinateur pour redevenir un lecteur, je remarque également que les personnages des romans que je lie, ont eux aussi vécus des rencontres importantes dans leurs histoires.

Les rencontres en fiction sont souvent importantes, vitales, fulgurantes, décisives, presque toujours déterminantes pour l’avenir du personnage qui l’a faite. Une rencontre brève, de deux ou trois pages simplement marquera profondément le personnage. Dans la fiction, les personnages ont cette faculté d’écouter, d’échanger, de remarquer l’autre. Dans la fiction, être à l’écoute de l’autre est souvent naturel. Même si la vie m’a permis de faire des rencontres inoubliables et qui ont effectivement changé le cours de ma vie. Je reconnais que la plupart du temps, je suis passé à côté des gens sans y prêter un quelconque intérêt.

Pour quelle raison, les rencontres entre personnages de fiction sont-elles plus intenses, plus décisives?

L’amour avec un grand A

Je retiendrai deux raisons principales.

La première est due à mon sens à un espace temps qui est différent de la vie réelle. Plus condensé pour les besoins de l’écriture, les personnages enchaînent les rencontres et ces dernières par « obligation » sont plus intenses.

Mais la raison qui m’intéresse le plus est la suivante. Les personnages d’un roman qui se rencontrent pour la première fois ont TOUJOURS un point commun capital pour leurs relations.

Ce point commun est : L’AUTEUR.

L’auteur pour les besoins de son intrigue décide de faire rencontrer deux personnages. Tout une palette de sentiments s’offre à lui. Du coup de foudre à la haine viscérale, des dizaines de possibilités sont alors à sa disposition. Cette rencontre est toujours intense pour l’un des personnages ou les deux si besoin. Ces personnages sont façonnés par l’auteur qui choisit une rencontre constructive ou destructive pour ses héros. Il façonne les seconds rôles pour qu’ils puissent interagir avec le personnage principal. Dans la fiction, l’inconnu n’existe pas en réalité puisque l’auteur contrôle les deux parties.

L’auteur les a réunis !

Dans notre quotidien, le paramètre qui paralyse la plupart de nos rencontres est justement l’inconnu ! Cet inconnu que l’être humain n’apprécie pas, voir même le tétanise à cause de cette peur qu’il engendre. Beaucoup de rencontres sont avortées par cette peur.

Dans la fiction, un personnage lorsqu’il en rencontre un autre, est à la merci du désir de l’auteur. Dans la vie réelle, lorsque vous faites une rencontre, vous êtes à la merci de votre moi intérieur. La même rencontre avec les deux même personnes sera totalement différente suivant le moment ou elle se produit.

En conclusion.

Les rencontres dans la fiction sont construites par l’auteur. Pas de place pour le hasard, les personnages sont des pièces de jeux d’échecs manipulées par l’auteur. Dans la vie réelle, le hasard prend sa revanche et brouille les cartes. A moins que nous soyons manipulés nous aussi, mais par qui ? C’est peut-être la question d’un prochain article !